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Le pasteur est il oisif ?

Je me souviens avoir entendu quelqu'un s'interroger publiquement sur l'emploi du temps de son pasteur ! Mais que pouvait-il bien faire de ses journées ? Si certains esprits tordus cherchent indéniablement à nuire, d'autres (je veux croire qu'ils sont les plus nombreux) ignorent sincèrement ce qu'un pasteur fait de sa journée.

Par exemple, beaucoup pensent que le pasteur arrive à l'Eglise, qu'il ouvre sa Bible plus ou moins au hasard, et qu'il prêche une heure durant. Je ne nie pas que ce genre de choses existe, mais franchement, ce n'est pas sérieux ! La règle spirituelle consiste pour le pasteur à préparer sa prédication, avec le plus grand sérieux et cela représente des heures de travail à la maison, dans le secret ! Pour une prédication d'une demi-heure, il faut compter trois à quatre heures de préparation (sérieuse s'entend).

Mais ce n'est pas tout ; le pasteur ne prêche pas tous les jours, ou rarement ! Alors le reste ? 

Faut-il rappeler que le pasteur est "un professionnel du spirituel", même si, j'en conviens, l'expression est exécrable. Demandez donc à un coureur cycliste professionnel digne de ce nom combien d'heures il passe à l'entraînement. Posez la même question à un pianiste et interrogez-le sur les heures passées à faire ses gammes, ou bien encore à un violoncelliste ? On a parfois le sentiment que le pasteur a intérêt à être en forme spirituellement parlant, mais en même temps on le culpabilise avec des questions étranges sur ses occupations. Même si je me méfie des chiffres et celui-ci vaut ce qu'il vaut, je me demande comment un pasteur sérieux peut passer moins de deux heures dans la présence de Dieu chaque jour ? (C'est-à-dire : lecture de sa Bible, parler en langue pour les pentecôtistes, prières, temps de réflexion devant le Seigneur Jésus). Je vous rappelle que les apôtres d'Actes 6/2 et 6/4 n'ont surtout pas voulu toucher à ce qui est l'essentiel du ministère pastoral, à savoir  l'application à la prière et au ministère de la Parole de Dieu ! 

Ce temps devant Dieu ne concerne en rien la méditation de la Parole de Dieu, la préparation des messages, ni leur organisation pratique, cela s'ajoute, mais les deux heures évoquées plus haut sont la base de tout vrai travail spirituel ! 

J'entendais l'autre jour un professeur agrégé d'université expliquer qu'elle donnait quatorze heures de cours par... an ! Et qu'elle avait autant de préparation à la maison. Voilà donc une femme, si on s'arrête aux apparences, payée très cher, qui ne travaillerait que vingt-huit heures par an ! C'est ignorer tout le reste de son travail, consistant à s'occuper de professeurs en formation, de ses propres élèves, de l'organisation des cours pour elle et du suivi pour les autres !

Le pasteur fait des visites, du moins en principe. Aux malades, certes, mais aussi aux bien portants. Il s'occupe de l'œuvre de Dieu, mais comment bien s'en occuper si déjà il n'a pas le temps de s'occuper du Dieu de l'œuvre ? 
Quelqu'un me demandait si un pasteur est soumis aux lois sur les trente-cinq heures ! Oui, pour son salaire, non pour la durée hebdomadaire de travail. Et puis a-t-il droit à des vacances ? Et pourquoi n'y aurait-il pas droit ? Un pasteur qui cherche à gagner les autres à Christ, mais qui perd ses propres enfants parce que jamais là, jamais disponible pour eux, jamais avec eux, n'aura plus que ses yeux pour pleurer. Au moins les vacances peuvent servir à cela, et ce n'est pas rien, même si les enfants, c'est toute l'année qu'il faut s'en occuper !

Il est acquis que parler devant un groupe de personnes réunies et ce, pendant deux heures, équivaut à huit heures de travail physique. Fatigue morale, nerveuse et même physique. Un pasteur me disait que la journée du dimanche, particulièrement chargée pour lui, le fatiguait davantage que cent cinquante kilomètres à vélo (il avait le recul nécessaire pour oser cette comparaison). Un autre me faisait remarquer que le dimanche (très chargé) lui faisait perdre plus de poids que s'il avait couru deux heures dans la forêt.  

Et puis, question cruciale  : combien gagne un pasteur ? D'abord, un pasteur n'est pas un curé et n'a pas fait vœu de pauvreté ; ensuite, la Bible dit que l'ouvrier mérite son salaire. Si mon pasteur travaille et qu'il fait bien le travail spirituel pour lequel une communauté le salarie, c'est faire offense à Dieu en lui refusant un bon salaire, surtout s'il a une famille à charge. S'il est anormal qu'un pasteur gagne un salaire de ministre (plus de 3000 euros par mois) il n'est pas normal qu'un pasteur ait à peine de quoi vivre (moins de 1000 euros mensuel). 

Alors, à tous les inquisiteurs en herbe et à tous les curieux naïfs, voilà quelques réponses a des questions importantes. Je suis convaincu que d'autres questions ne manqueront pas d'arriver à ce sujet et nous y répondrons volontiers. Nous devrions nous réjouir d'avoir encore des pasteurs pour s'occuper des Eglises locales. La crise des vocations n'est plus uniquement chez les autres ; attention à la manière dont nous traitons ceux qui sont en place et l'image que nous donnerons à ceux qui veulent travailler dans l'œuvre de Dieu.

Samuel FOUCART