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Les traductions

 

 

Donner la Bible à un peuple où se parlent tant de langues, et de telles langues, quelle entreprise!

Qui donna le branle, au siècle dernier (*1) ? Un obscur pasteur non conformiste de l'Angleterre, du nom de Moseley. Moseley écrivit, en 1798, un traité où il plaidait pour la fondation d'une Société qui s'occuperait de faire traduire la Bible dans la langue des nations les plus considérables de l'Orient. «Jusqu'à ce que les Écritures, disait-il, soient traduites en chinois et répandues parmi les Chinois, les 330 millions de Chinois demeureront assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, et continueront à périr, faute de connaissance». Aussitôt les objections surgirent. On en fit une qui, aujourd'hui, parait inouïe, surtout lorsqu'on songe qu'elle était formulée par des hommes comme Sir William Jones, savant orientaliste, et par M. Charles Grant, un des directeurs les plus en vue de la Compagnie des Indes orientales : le caractère du chinois, d'après ces personnages, ne permettait pas qu'on fit dans cette langue aucune traduction. Moseley ne se laissa pas intimider par les savants; il persévéra dans son plaidoyer et dans ses recherches. Bientôt il découvrit au Musée britannique un manuscrit chinois totalement inconnu de tous, qui comprenait une harmonie des Évangiles, les Actes, et les épitres de Paul. C'était une réponse typique aux objections des savants! Ce qui était impossible à traduire était déjà traduit! La Société biblique britannique eut un moment l'idée d'imprimer ce manuscrit, mais, ne pouvant en contrôler la valeur, elle y renonça. Cependant, influencée par les appels de Moseley, la Société des missions de Londres nomma Morrison comme missionnaire pour la Chine, spécialement en vue de la traduction de la Bible. Morrison, avant de quitter l'Angleterre, étudia le chinois avec l'aide d'un Chinois. Il copia de sa main le manuscrit du Musée britannique qui, ainsi, rendit tout de même des services, quoique non imprimé, et emporta cette copie en Chine, où il arriva en septembre 1807. Il s'efforça de vivre au milieu des Chinois, adopta leur costume et porta même la queue. Néanmoins, il rencontra de grandes difficultés. Même après avoir été, au bout de deux ans, nommé traducteur de la Compagnie des Indes, il écrivait ceci : «Nous devons étudier en secret, nous avons souvent dû cacher nos livres et nos papiers. Nos aides, par peur, m'ont abandonné à réitérées fois. Les Chinois ne permettent pas qu'on apprenne leur langue. De là nos difficultés» (*2).

 

(*1) Avant le siècle dernier, plusieurs efforts avaient déjà été faits pour traduire les Écritures en chinois. Il y eut probablement une mission nestorienne en Chine dès 505. Elle dut traduire les Écritures de bonne heure. En tout cas, les Écritures étaient traduites au siècle suivant, car, d'après une inscription retrouvée en 1625, «des missionnaires nestoriens arrivèrent de Perse à Changan avec «les véritables livres sacrés». Les Écritures furent traduites pour la bibliothèque impériale, et des églises furent bâties. On pense qu'il s'agit au moins du Nouveau Testament tout entier. L'imprimerie, alors, n'était pas répandue dans toute la Chine, et il ne nous est rien parvenu de ces traductions. Mais il paraîtrait, par la relation de deux voyageurs arabes qui ont visité la Chine en 851 et en 878, que la connaissance des Écritures s'y perpétua longtemps. Le voyageur Plano Carpini, qui visita la Mongolie, envoyé par Innocent IV, écrivait en 1245 que les Chinois avaient, disait-on, l'Ancien et le Nouveau Testament.

Au quatorzième siècle, quand les Mongols eurent conquis la Chine, un moine franciscain, Jean Monte de Corvini, traduisit en langue mongole le Nouveau Testament et les Psaumes. Il écrivait en janvier 1306: «Voilà douze ans que je n'ai eu des nouvelles de l'Occident. J'ai vieilli et suis tout grisonnant, mais c'est plutôt l'effet de mes labeurs et de mes tribulations que celui de l'âge, car je n'ai que cinquante-huit ans. Je me suis rendu maitre de la langue et de la littérature tartares. J'ai traduit en cette langue le Nouveau Testament tout entier et les psaumes de David, et j'ai fait copier ma traduction avec le plus grand soin». On ne sait si cette traduction a jamais été imprimée ou publiée. Son histoire ressemble aux rivières de la Mongolie, qui se perdent dans le sable.

Il y eut plusieurs traductions partielles faites par les missionnaires catholiques aux dix-septième et dix-huitième siècles.

La première traduction protestante, chose curieuse, ne fut pas faite en Chine mais en Inde. Elle fut l'oeuvre de deux missionnaires baptistes de Sérampore, Marshman et Lassar. Ce dernier était Arménien, et il traduisait le Nouveau Testament d'après le texte arménien. Commencé en 1805, le travail fut achevé pour le Nouveau Testament en 1816. et pour l'Ancien en 1822. Cette traduction parait n'avoir qu'un intérêt historique. La traduction qui servit de base à toutes les autres fut celle de Morrison.

 

(*2) Un Chinois qui aidait Morrison dans son travail de traduction portait toujours sur lui du poison, afin de mettre fin à ses jours, s'il venait à être découvert, et d'échapper ainsi aux tortures qui lui aurait été infligées pour le concours prêté par lui à l’étranger.

 

Malgré les obstacles, Morrison publiait en 1810, trois ans après son arrivée, une traduction des Actes, et, en 1814, du Nouveau Testament. Pour la traduction de l'Ancien Testament, il fut aidé par un collègue du nom de Milne. Terminé en 1819, le manuscrit fut soumis à une révision et parut en 1823, imprimé à Malacca, où Milne résidait, à cause de l'hostilité des Chinois. L'Ancien Testament, à lui seul, formait vingt et un volumes in-12. La Société britannique contribua pour 250.000 francs à cette première publication de la Bible en chinois, faite en wenli. Cette oeuvre colossale, qui semblait à elle seule au-dessus des forces d'un homme, fut cependant accompagnée d'autres travaux gigantesques. Morrison publia une grammaire chinoise de 300 pages in-4, et en 1823, la même année que la traduction de l'Ancien Testament, il publia un dictionnaire chinois dont l'impression coûta 125.000 francs à la Compagnie des Indes. On peut dire avec le Dr Pierson : «En vérité, il y a eu des géants, même dans nos temps modernes, et ils ont fait face, intrépidement, à des ennemis plus formidables que les Anakim avec leurs chariots de fer». Morrison, par ses travaux, a jeté les bases de toute l'oeuvre de mission et de civilisation qui depuis lui s'est poursuivie en Chine. C'est un Atlas qui porte un monde.

Cette première traduction ne pouvait pas être définitive. Une révision du Nouveau Testament parut en 1837, puis une révision de la Bible entière par Gutzlaff, dont plus de dix éditions se succédèrent. Elle fut réimprimée en 1853 par les Taïpings. Sur la page de titre était imprimé le blason des armes impériales de cette dynastie (*).

 

(*) Note sur la révolte des Taïpings:

Qui n'a entendu parler de la révolte des Taïpings, vaincue par le général Gordon ? On se doute peu de son origine, et du rôle que la Bible y a joué.

Jusqu'à ces dernières années, toutes les places des fonctionnaires, en Chine, étaient mises au concours. Les examens avaient lieu dans divers centres. À Canton, 30.000 étudiants subissaient les examens au même moment. 300 seulement étaient reçus. Celui qui sortait le premier était invité à dîner chez l'empereur, qui lui remettait lui-même son diplôme. Le succès assurait de hautes places et de beaux traitements. L'aristocratie de Chine n'est pas une aristocratie d'argent, mais de lettres.

En 1850, un missionnaire baptiste américain, Assachar Roberts, offrit l'hospitalité, pendant les examens, à plusieurs de ces concurrents. Comme un grand nombre étaient déjà d'un certain âge, il y en avait de très pauvres, et l'offre de l'étranger fut accueillie avec joie. M. Roberts prévint ses hôtes que les chrétiens avaient l'habitude de lire leurs livres saints et de prier le vrai Dieu le matin et le soir. Il les invita à assister au culte, tout en les laissant parfaitement libres. Il savait toutefois que l'étiquette chinoise les amènerait à accepter son invitation. Un des étudiants, du nom de Hung, fut profondément impressionné par la lecture des Écritures. Il réussit à obtenir un diplôme. Avant de partir, il demanda à emporter un certain nombre de livres saints pour les distribuer à ses amis, afin d'arriver à une décision au sujet de leurs doctrines. Le résultat fut la conversion de Hung et de plusieurs lauréats du concours. Ces nouveaux convertis s'employèrent avec zèle à répandre la connaissance de la vérité, chacun dans son district, et le résultat fut que les temples se vidèrent. Les autorités prirent peur, craignant d'être en présence de quelque société secrète, et interdirent les réunions des chrétiens. Hung exposa la vérité, déclarant qu'ils étaient bons citoyens, qu'ils avaient simplement embrassé le christianisme. Les autorités refusèrent de le croire: il est certain que si une société secrète avait été fondée, elle n'aurait pas pu mieux s'y prendre pour se cacher que de se prétendre une société de chrétiens. Là-dessus le vice-roi de la province les menaça de s'emparer d'eux, s'ils ne renonçaient pas à leurs réunions, et envoya un régiment pour les faire prisonniers.

Les nouveaux convertis et leurs amis — ils étaient plusieurs centaines — montèrent au sommet d'une colline qui avait la forme d'un cône. Les soldats entourèrent la colline et commencèrent à gravir ses pentes. Alors l'un des assiégés s'ouvrit les veines et écrivit avec son sang un exposé clair et complet de leurs intentions (les Chinois se servent pour écrire d'une brosse en poil de chameau). Ces hommes s'agenouillèrent, demandèrent à Dieu de les guider, puis par une impulsion soudaine, ils s'ébranlèrent pour descendre avec de grands cris les pentes de la colline. Effrayés, les soldats jetèrent leurs armes et s'enfuirent pour sauver leur vie. Les nouveaux convertis s'emparèrent de ces armes, et aussitôt prêtèrent serment de renverser le gouvernement, uniquement pour établir la liberté religieuse. Ils franchirent une distance égale à celle qui sépare Paris de Moscou, incorporant en route ceux qui sympathisaient à leur dessein et les soldats impériaux qu'ils rencontraient. Hung, le chef, établit des règles parmi lesquelles celles-ci: Pas de pillage. On pouvait seulement accepter des dons volontaires. Pas d'opium. Quiconque profanerait la sainteté du foyer serait fusillé sur le champ. Et pour éclairer ceux qui le suivaient, il publia une édition spéciale des Écritures, celle dont nous parlons plus haut. Le nom de Taïping signifie grande paix. C'est le nom qui eût été donné à la nouvelle dynastie si Hung avait réussi. En 1851, il commandait 300.000 hommes. Ville sur ville était emportée d'assaut. Mais le mouvement dégénéra. Le pouvoir grisa Hung. Il y avait en lui du fanatique et du visionnaire. Il y eut des excès. On a calculé que vingt millions d'hommes périrent sous les coups de son armée. En 1864, le général Gordon triompha de la rébellion des Taïpings.

 

En 1843, après la signature du traité de Nanking, une conférence missionnaire confia la révision de la Bible à quelques délégués. Le Nouveau Testament parut en 1852 et l'Ancien en 1854. Cette Bible, traduction d'une beauté classique et savante, parut aux frais de la Société biblique britannique. La Société biblique américaine publia une autre version (Nouveau Testament 1859, Ancien Testament 1863). Les baptistes, de leur côté, en publièrent une autre (Nouveau Testament 1853, Ancien Testament 1868). Cette version, où le mot baptême est rendu par immersion, est toujours en usage.

En 1864, une mission russe à Pékin publia le Nouveau Testament. Tout ceci en wenli.

En wenli populaire, parurent les Psaumes en 1882, le Nouveau Testament en 1889, une autre version du Nouveau Testament en 1885, la même révisée en 1889 avec une partie de l'Ancien Testament (Société biblique écossaise).

En mandarin, à la suite d'une entente, un triple Nouveau Testament parut en 1870, un avec le terme Tien-Tchéou (évêque Burdon), un second avec le terme Shang-Ti (Société biblique britannique), un troisième avec le terme Chen-Shen (Société biblique américaine). En 1872, après révision, ce triple Nouveau Testament fut réédité. En 1874, parut l'Ancien Testament traduit par Schereschewsky (Société biblique américaine, puis, 1878, Société biblique britannique), et en 1879 le Nouveau Testament par un comité dont Schereschewsky faisait partie (Société biblique britannique et, 1880, Société biblique écossaise). En 1885, ce même Nouveau Testament parut en chinois et en anglais (Société biblique écossaise). En 1889, une version individuelle du Nouveau Testament et d'une partie de l'Ancien par le Dr Griffith John, dont une nouvelle édition en 1893.

En 1888 parut une édition du Nouveau Testament en caractères romains, sous les auspices de la mission de Hudson Taylor et en partie l'oeuvre de sa première femme. Depuis, d'autres portions ont paru en caractères romains, d'après des systèmes différents.

 

Il était urgent de ramener à plus d'unité les efforts pour la traduction de la Bible en chinois. Une conférence missionnaire se réunit en 1890, à Changhaï. Elle comptait treize cents membres. On semblait bien loin de l'accord sur la question de traduction. Quand le Dr Wright, délégué de la Société britannique, fit connaître qu'il venait plaider pour l'unité de traduction, les uns lui dirent : «Vous êtes venu dix ans trop tôt», et les autres : «Vous êtes venu dix ans trop tard». Néanmoins, et en grande partie grâce à l'intervention du Dr Wright, la Conférence, à l'unanimité moins une voix, décida la révision de la Bible chinoise en vue d'arriver à une seule version en wenli, une seule version en wenli populaire, une seule en mandarin. Dix-sept ans après, en 1907, la révision du Nouveau Testament était achevée et publiée en wenli, en wenli simplifié, en mandarin. Les frais de cette révision se sont élevés à 130.000 francs. On espère que, dans quelques années, la révision de l'Ancien Testament aura paru.

Il a été décidé qu'on travaillerait à fondre ensemble les traductions en wenli et en wenli populaire, soit pour le Nouveau Testament déjà paru, soit pour l'Ancien, encore à paraitre.

La Bible a été traduite, en tout ou en partie, en d'autres langues de la Chine

 

En mandarin du Sud (Nouveau Testament, 1856); dans la langue de Canton, parlée par 15 à 20 millions d'âmes (Nouveau Testament, 1886, Ancien Testament, 1894); de Changhaï, parlée par environ 18 millions (Nouveau Testament 1870, Ancien Testament partiel, 1904); de Hakka, parlée par environ 15 millions (Nouveau Testament, 1883); de Fou-tchéou, parlée par environ 8 millions (Nouveau Testament, 1864, Ancien Testament, 1894); de Ning-po, parlée par 6 ou 7 millions (Nouveau Testament, 1861, Ancien Testament, 1901) ; de Swatow, parlée par environ 5 millions (Nouveau Testament, Ancien Testament partiel, par les presbytériens, en caractères romains, 1905; Ruth, 1875; Genèse, 1879; Nouveau Testament, 1896, par les baptistes, en caractères chinois); d'Amoï, parlée par environ 10 millions, notamment à Formose (Nouveau Testament, 1873, Ancien Testament, 1902); de Hing-hoa, parlée par environ 3 millions (Nouveau Testament, 1900, Ancien Testament presque entier, 1904); de Haï-nan (Nouveau Testament, 1891, Ancien Testament partiel, 1901); de Wen-tchéou, parlée par environ 1 million (Nouveau Testament, 1901) ; de TaïHo (Nouveau Testament, 1881). Des fragments ont paru dans les langues de Hang-kéou, Kien-ning, Tchan-tchoung, Hin-hoa, Tchang-yang, Tchaoun, Miao, Tching-tschia, cette dernière parlée par environ un million d'hommes.

 

Notons encore les traductions dans les langues parlées par des peuples qui dépendent de la Chine :

 

Pour la Mongolie (1.850.000 habitants) : en mongol littéraire (Ancien Testament 1840, Nouveau Testament 1843); en Kalmouk, ou mongolien de l'ouest (Matthieu, 1815, Évangiles et Actes, 1822, Nouveau Testament, 1895); en Kalkha ou mongolien de l'est (Matthieu) ; en Buriate (Nouveau Testament, 1827, publié en partie).

Pour la Mandchourie (5.530.000 habitants) : en mandchou (Nouveau Testament, 1834).

Pour le Thibet : en thibétain (Nouveau Testament, 1885, Ancien Testament partiel); en leh, parlé par 30.000 à 40.000 habitants (Marc 1 à 4, 1904); en ladaki (Marc).

 

 

 

Jean 3, 16, en mongol littéraire.

 

Il a donc paru en Chine et dans les pays qui dépendent de la Chine, en moins d'un siècle, 19 traductions de la Bible (dont 7 encore incomplètes en 1905, en ce qui concerne l'Ancien Testament), 16 du Nouveau Testament, 13 de fragments divers, soit 48 en tout, en 32 langues. Plusieurs de ces Bibles ou Nouveaux Testaments ont été révisés, une ou plusieurs fois. Nous n'avons noté que les premières éditions. Plusieurs sont pourvues de parallèles, de notes et de cartes.

Trouve qui voudra cette énumération monotone. Monotonie sublime, comme celle des vagues de l'Océan, quand la marée monte. Chacune de ces traductions, en effet, est comme une vague qui se lève, et qui hâte pour sa part le jour où «la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de l'Éternel comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent».

Nous relevons le nom de cent trente-huit missionnaires, dont onze dames ou demoiselles, qui se sont occupés de la traduction de la Bible dans les différentes langues de la Chine. Parmi eux, il y en a un qui mérite une mention spéciale, c'est l'évêque Schereschewsky. Cette notice se terminera, comme elle a commencé, par la biographie d'un géant.

Né en 1831, en Lithuanie, de parents israélites, Schereschewsky fut élevé dans toute la sagesse des juifs, et prit ses grades à l'Université de Breslau. La lecture du Nouveau Testament traduit en hébreu le convainquit de la vérité de l'Évangile. Il se rendit aux États-Unis, y fut baptisé, y fit des études théologiques, et en 1859 il était missionnaire à Changhaï. En 1862, il s'établit à Pékin, et en 1877 fut nommé évêque à Changhaï. Supérieurement doué, connaissant l'hébreu mieux que toute autre langue, il fut promptement appelé à s'occuper de la traduction de la Bible. En collaboration avec quatre collègues, il traduisit le Nouveau Testament en mandarin. Ensuite, à partir de 1865, il traduisit seul l'Ancien Testament dans cette même langue. Cette traduction remarquable parut en 1875 et eut plusieurs éditions, dont la dernière, révisée, est de 1899. C'était déjà beaucoup. Il fit plus encore. Il traduisit la Bible entière en wenli populaire. Cette version parut, le Nouveau Testament en 1898, la Bible entière en 1902. Alors il revit ses deux traductions, les corrigeant, les améliorant. Ce n'était pas encore assez : il revit encore ses deux traductions d'un bout à l'autre pour en faire des Bibles à parallèles.

Mais le plus extraordinaire, c'est qu'il accomplit ces travaux en état d'infirmité. En 1865, six ans après son arrivée en Chine, il fut frappé d'une paralysie qui alla s'aggravant jusqu'à ce qu'elle ne lui laissât plus que l'usage du doigt du milieu de chaque main. C'est avec ces deux doigts qu'il rédigea, au moyen d'une machine à écrire, ses deux traductions. Un secrétaire les recopiait en caractères chinois. Il faut noter qu'il accomplit presque tout ce labeur hors de Chine. Quelques années après être tombé malade, il retourna en Amérique et y vécut vingt ans, après quoi il se rendit au Japon, où il termina sa carrière. Il mourut en 1906, à Kyoto, après avoir passé les vingt-cinq dernières années de sa vie immobilisé dans un fauteuil.

Le mal dont il fut frappé, tout en le mettant à une rude épreuve, servit les intérêts du règne de Dieu. Il put consacrer tout son temps à la traduction de la Bible, et exerça certainement, comme traducteur, une influence plus vaste et plus profonde que celle qu'il aurait eue comme évêque. Sa paralysie lui donna la Chine pour diocèse. Plus que beaucoup d'autres, il put dire: «Quand je suis faible, c'est alors que je suis fort».

La Bible deux fois traduite, en deux formes différentes d'une même langue, ces deux Bibles pourvues de parallèles, la parole de Dieu ainsi donnée, avec le secours des renvois, à un quart de la race humaine (*), voilà le bilan de cette vie d'un infirme. Peu d'hommes, assurément, auront exercé sur l'humanité une action plus étendue et plus profonde que ce fils d'Israël, amené à Jésus Christ par la lecture d'un Nouveau Testament hébreu.

 

(*) Le mandarin est parlé par 300 millions d'hommes (voir 6° paragraphe du point 25.11.1 du texte global = point 1.7.1. de la Partie 6 «Histoire de la Bible hors d’Europe») Le wenli populaire est compris par la grande masse du peuple chinois, qu'on estime à 400 millions.

 

 

 

 

 

Le colporteur chinois Ren, de la province de Shan-Si. Il doit son premier contact avec l'Évangile à la lecture de volumes achetés en 1882 à un colporteur biblique. Il a été amené à la foi en 1905 par la conversion et la guérison de ses trois fils, fumeurs d'opium endurcis. Il est colporteur biblique depuis 1906. Il est sourd-muet et réussit cependant à vendre beaucoup de volumes, surtout sur les marchés. Il montre un passage du doigt, et par des signes essaie d'en indiquer le sens. M. Ren est un lettré. Sur sa coiffure sont inscrits ces mots : «Venez à Jésus, vous tous qui êtes travaillés et chargés».