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La Bible en Corée

    

1.Histoire

 

La Corée (en coréen, Ko-ryu (*), c'est-à-dire : le pays des hautes montagnes et des ruisseaux qui gazouillent) est un pays de dix millions d'habitants. Tributaire de la Chine jusqu'en 1894, proclamée indépendante après la guerre du Japon et de la Chine, elle a été annexée au Japon après la guerre du Japon et de la Russie. C'est un pays rétrograde, au peuple paresseux et dégradé, à la politique corrompue. Ceci tient non à l'infériorité de la race, mais au manque de fermeté et de sagesse qui, pendant des siècles, a caractérisé le gouvernement coréen.

 

(*) Les Coréens appellent leur pays d'un nom plus ancien : Cho-sen, qui signifie : Le pays du matin calme, de la fraîcheur matinale. Beau comme le matin, disent les indigènes.

 

La Corée n'a pas toujours été un pays rétrograde. Dans l'emploi de l'imprimerie, elle a précédé l'Occident et surpassé la Chine, à laquelle elle avait emprunté cet art. Elle est le premier peuple qui ait fait usage de caractères en métal. En 1403, un tiers de siècle avant Gutenberg, un décret du roi T'si Tsang ordonnait la fonte de caractères en cuivre. En 1434, les Coréens inauguraient les caractères en plomb, alors qu'en Chine on ne connaissait encore que les planches en bois. L'alphabet coréen, inventé en 1450, est l'un des plus parfaits qui existent, sinon le plus parfait. Pourquoi ce peuple, sous l'influence de l'Évangile, ne retrouverait-il pas sa place d'autrefois dans la civilisation?

En 1871, le gouvernement coréen répondit aux ouvertures que lui faisait le gouvernement américain, en vue de la conclusion d'un traité, en bombardant la flotte de l'amiral Rodgers et en déclarant avec hauteur : «Notre civilisation de quatre mille ans nous suffit, nous n'en voulons point d'autre». Onze ans après, les choses avaient changé. Un traité fut conclu avec l'Amérique en 1882, et un autre avec la Grande-Bretagne en 1884, et depuis lors les portes du «Royaume ermite» furent ouvertes au commerce européen et à la mission. En 1884, arrivèrent d'Amérique les premiers missionnaires.

 

2. La langue

Avant d'aller plus loin, jetons un coup d'oeil sur la langue du pays, dans laquelle les missionnaires devaient traduire la Bible et prêcher l'Évangile.

Le coréen est une langue polysyllabique, très riche en formes.

Les noms se déclinent; ils ont neuf cas. Dans le verbe, on compte environ mille terminaisons différentes. Il y a trois formes de la langue 1° le Han-mun, écrit en caractères chinois purs. C'est la langue employée à la cour, par les lettrés et dans les écoles. Un Japonais, un Chinois et un Coréen, qui ne se comprennent pas en parlant, se comprennent en communiquant par écrit, l'emploi des caractères chinois étant commun aux trois pays; 2° le Kuk-mun, ou forme indigène, dont l'alphabet, avec ses six consonnes et ses onze voyelles, est très remarquable, comme nous l'avons dit. Cette forme est riche et simple à la fois, mais une même syllabe peut répondre à 46 caractères chinois et avoir autant de sens différents. Shin, par exemple, qui veut dire Dieu, peut vouloir dire aussi diable, soulier, foi, nouveau, etc. On écrit verticalement, non les mots, mais les syllabes, ce qui rend malaisé, soit de lire rapidement, soit de se rappeler ce qu'on a lu; 3° le Kuk-hanmun, ou combinaison des deux précédents, où le radical des mots est écrit en caractères chinois, ce qui évite la confusion inévitable dans la forme précédente. C'est dans cette dernière forme que la Bible est publiée.

 

 

 

 

Jean 3 v. 16, en coréen.

 

3.Une belle avance

 

Les débuts de l'oeuvre missionnaire en Corée ne furent pas retardés, comme ailleurs, par la nécessité d'apprendre la langue. Et même on peut dire qu'en Corée, — c'est sans doute un cas unique dans l'histoire des missions, — la mission avait commencé avant l'arrivée des missionnaires. Ceci s'explique par deux raisons. D'abord par ce que nous avons dit plus haut de l'emploi des caractères chinois, compris par tous les Coréens qui ont passé par l'école. Grâce à la familiarité des Coréens avec ces caractères, la diffusion des Écritures en chinois put précéder, — et précéda en fait, — l'action missionnaire proprement dite.

De plus, des missionnaires voisins de la Corée avaient, avant le début de la mission en Corée, traduit une partie de la Bible en coréen populaire. De sorte que, quand les missionnaires s'installèrent en Corée, ils y trouvèrent les Écritures en partie traduites, imprimées et déjà répandues par des colporteurs; et eux-mêmes eurent entre les mains, aussitôt arrivés, l'instrument d'action sans lequel la mission n'est jamais que dans sa phase préparatoire. Comme s'exprime un témoin oculaire, «c'est la page imprimée qui, en Corée, a ouvert les coeurs à la vérité proclamée par le missionnaire». Nulle part l'oeuvre missionnaire n'a eu une telle avance.

 

4.Premiers efforts

 

Une première campagne de colportage biblique fut faite par un missionnaire écossais de Tche-fou, M. Thomas, en 1865, à la suite de circonstances étranges et providentielles : la voie lui fut ouverte par deux Coréens catholiques romains qui lui servirent de guides. Il répandit abondamment les Écritures (en caractères chinois) en Corée et en Mandchourie. Dans un second voyage, en 1866, son navire fit naufrage sur la côte occidentale de la Corée. L'équipage fut massacré par les indigènes, et M. Thomas partagea le sort des matelots. Il fut coupé en morceaux et brûlé sur les bords du latong près de Pyeng-Yang. Dans ce second voyage, comme pendant le premier, il distribua abondamment les Écritures. Plus tard, un missionnaire devait baptiser un homme dont le père avait reçu un Évangile ou un Nouveau Testament des mains de M. Thomas.

Les premiers efforts suivis, soit pour évangéliser les Coréens, soit pour traduire les Écritures dans leur langue, furent faits par les missionnaires écossais Ross et Mac Intyre, établis à Moukden, en Mandchourie, depuis 1875. Ces missionnaires ne manquaient pas d'évangéliser les Coréens que leurs affaires amenaient dans cette ville, soit en passage, soit pour s'y fixer, et il y en avait beaucoup, car Moukden est sur la grande route de Séoul à Pékin. Le trafic y est considérable. Avec l'aide d'un Coréen, ils commencèrent à traduire le Nouveau Testament. En 1882, six mille exemplaires des Évangiles de Luc et de Jean étaient imprimés par la Société biblique d'Écosse. Les autres livres furent imprimés par la Société biblique britannique. Une première édition du Nouveau Testament parut en 1887. Une seconde, révisée, en 1900. Aujourd'hui, l'Ancien Testament en entier est sur le point de paraître.

Depuis 1881, plusieurs convertis mandchouriens firent du colportage biblique dans la Corée occidentale, mais ce n'était pas encore la trouée.

 

5. La trouée

 

Des Coréens évangélisés par les missionnaires de Moukden, une dizaine se convertirent. C'étaient des négociants de Wifou. Quelques-uns devinrent aussitôt évangélistes ou colporteurs bibliques. Parmi ceux-ci, il y avait deux frères, dont l'aîné, So Sang Yun, mérite une mention spéciale, car c'est lui qui fut le premier colporteur coréen, le premier colporteur qui pénétra dans l'intérieur de la Corée, c'est lui qui fit, en Corée, en 1883, la première trouée biblique et missionnaire.

Aussitôt après sa conversion, So Sang Yun se sentit pressé de retourner dans son pays avec le message de l'Évangile. Quand il pensait à son peuple, il sentait comme un poids sur son coeur. Le Dr Ross lui conseilla de se munir d'un certain nombre d'exemplaires du Nouveau Testament coréen, dont la traduction venait d'être achevée. Il y avait là matière à sérieuse réflexion, car, en Corée, les Bibles, en tant que livres étrangers, étaient articles de contrebande. Si on en découvrait entre les mains de quelqu'un, ce pouvait être pour lui la prison ou la mort. MM. Ross et So prièrent à ce sujet, et enfin, six mois après avoir reçu le baptême, M. So partit avec une provision de livres, avec Séoul, la capitale de la Corée, pour objectif. Comme il approchait de la frontière, il dut s'arrêter pour soigner ses pieds meurtris par la marche, et fut rejoint par deux Coréens qui lui offrirent de se charger d'une partie de son fardeau. Apprenant que son ballot contenait des livres, ils furent frappés d'horreur, mais aidèrent néanmoins M. So à le porter. Arrivés près de la frontière, un matin, ils accoururent tout émus auprès de M. So, lui disant que l'inspecteur des douanes allait paraître, et lui conseillant d'aller plus loin et de passer la frontière comme il pourrait. Mais M. So savait que ses livres étaient de bons livres, et il déclara que, s'il y avait des risques, il les affronterait virilement. Les autres passèrent sans encombre. Quant à lui, ses livres furent confisqués. À part cela, il en fut quitte pour recevoir une sévère réprimande, et pour être obligé de laisser son adresse, afin qu'on pût le surveiller. Quand il rejoignit ses compagnons de route, ceux-ci furent tout surpris : ils s'attendaient à ce qu'il eût été, pour le moins, condamné à la bastonnade.

 

Bientôt après, à Wifou, où il s'était arrêté, on lui annonça une visite. Qu'on juge de sa surprise : c'était l'inspecteur des douanes, celui-là même qui lui avait confisqué ses livres! Il les avait lus avec intérêt et les avait trouvés excellents, si excellents qu'il fit des excuses à M. So, et que..., plongeant la main dans ses manches flottantes et dans les vastes replis de ses amples pantalons, il en retira l'un après l'autre les Nouveaux Testaments, et les plaça sur la table.

«Et c'est ainsi, dit M. So, que je rentrai en possession de mes volumes».

Voilà comment la brèche fut ouverte. M. So poussa jusqu'à Séoul et en fit son quartier général. Lorsque, deux ans après, il revint à Moukden, plus de soixante-dix convertis demandaient le baptême : c'était le résultat de ses travaux. En 1887, le missionnaire Ross écrivait : «J'ai vu s'organiser la première Église de Coréens : elle se composait presque entièrement des convertis de So».

L'année même où So, bientôt suivi par d'autres colporteurs, commençait ses travaux à Séoul, les missionnaires américains s'installèrent dans cette ville. Grâce aux campagnes de colportage biblique qui précédèrent leur arrivée ou coïncidèrent avec elle, ils trouvèrent partout un terrain ensemencé et des gens préparés à les entendre. Et eux-mêmes, trouvant les Écritures imprimées soit en chinois, soit dans le dialecte populaire, eurent en mains, aussitôt arrivés, l'instrument indispensable. Avant le début de l'action proprement missionnaire, il y avait déjà six cents candidats au baptême dans les vallées de la Corée occidentale. C'était le fruit du colportage biblique des convertis mandchouriens.

 

6. Progrès

 

Un des premiers villages où l'Évangile fit sentir son influence, ce fut le village de Soraï, le village natal des frères So. Ce village devint presque entièrement chrétien, et la réputation des habitants du district fut bientôt si excellente que le gouvernement en changea le nom et l'appela, au lieu du district de «la grande courbe» (allusion à sa forme géographique), le district du «grand salut».

La même année où So s'établissait à Séoul, une expédition missionnaire fut faite dans le sud par une église chinoise de Fou-chéou, toujours avec la distribution des Écritures comme premier moyen d'action. En même temps, comme s'exprime un rapport de l'époque, les Écritures pénétrèrent en Corée par divers canaux. Telle une eau pénétrant dans un vase par toutes ses fissures.

Voilà quels furent les premiers débuts d'une des plus magnifiques oeuvres missionnaires de notre temps et de tous les temps. Elle eut ses heures difficiles. Le colportage biblique ne donna pas toujours, au commencement, les résultats qu'on espérait, mais à partir de 1889, les progrès furent extraordinaires. La vente des livres saints passa, cette année-là, de 6.335 à 34.813 exemplaires (De 2.052 volumes, aux premiers débuts de l'oeuvre, elle s'est élevée, en 1909, à 162.687).

 

7. Le témoignage des missionnaires

7.1         Le colportage biblique

 

En Corée, l'oeuvre biblique apparaît inséparable de l'œuvre missionnaire. Tout comme dans l'Ouganda, on pourrait dire: «La Bible, c'est la Mission». Le témoignage des missionnaires est unanime.

«Ce n'est pas assez, dit l'un d'eux, en 1906, de parler de l'importance de l'oeuvre biblique dans notre district. Il faut dire qu'elle est la cause de nos développements. C'est le colporteur, avec ses livres, qui le premier éveille l'intérêt des gens, et cet intérêt est si grand qu'ils envoient chercher un évangéliste avant que nous ayons eu le temps d'y aller». «Dans aucun pays, raconte un visiteur récent, M. Ritson, secrétaire de la Société biblique britannique, la diffusion des Écritures n'a davantage contribué à l'évangélisation du peuple. À réitérées fois, dans les villages, le message écrit, sans l'aide du missionnaire, a été le moyen de former des groupes d'adorateurs du vrai Dieu. Le message écrit a été le pionnier de l'Église. Nulle part l'importance de l'oeuvre biblique n'a été plus reconnue par les missionnaires, nulle part les missionnaires ne l'ont davantage faite leur».

Voici quelques témoignages rendus par les missionnaires à l'oeuvre du colportage biblique :

«Ce qui prouve l'excellence du colportage biblique, écrit un missionnaire de Wonsan, en 1905, c'est le grand nombre de gens qui deviennent chrétiens dans toutes les régions où les colporteurs travaillent. Dans chacune de ces régions, une Église (et quelquefois plus d'une) a été bâtie, une école a été commencée, les habitants se conforment peu à peu à la discipline de l'Église, et les factions cessent».

Dans telle région où l'on ne connaissait que cinq chrétiens quand le colporteur commença à y travailler, il y a maintenant deux Églises et deux cent cinquante chrétiens. Dans un autre district, le nombre des chrétiens est monté de vingt à cent, et c'est le colporteur qui est leur père spirituel.

Un autre missionnaire écrit de Song-do : «J'envoyai un colporteur s'établir, comme pionnier, dans un village de la province de Kang-won, un village de huit cents maisons. Quatre mois après, une église de cinquante membres y était constituée. Maintenant, après neuf mois de travail, nous y avons deux cents candidats sous épreuve».

Les témoignages de ce genre ne se comptent plus.

«Les Sociétés bibliques, écrit un autre missionnaire, sont le bras droit des missions. Sans elles nous travaillerions comme des estropiés et des paralysés».

 

7.2         Les groupes d'études bibliques

 

Nées du colportage biblique, c'est à l'étude de la Bible que ces églises doivent leur puissance spirituelle.

Voici ce que disait à Édimbourg, à la Conférence universelle des missions, le Dr Moffett, missionnaire en Corée

«Je n'hésite pas à dire que, dans ma conviction profonde, ce qui a le plus contribué à la transformation spirituelle des Coréens, ce qui a fait de l'église coréenne une église missionnaire, c'est notre vaste organisation de groupes d'études bibliques. Sans doute, il n'y a pas de pays où la Bible ne soit le grand facteur de l'évangélisation, mais elle a certainement occupé une place unique dans l'oeuvre de la Corée, et l'église coréenne doit sa puissance, sa spiritualité, sa grande foi dans la prière, et sa libéralité, au fait qu'elle a été tout entière saturée en quelque sorte de la connaissance de la parole de Dieu. Ces groupes, ces écoles d'études bibliques, constituent le facteur principal dans l'éducation, le développement, l'entraînement de l'Église, en tant que corps missionnaire. C'est là que tous les membres de l'Église, jeunes et vieux, lettrés et illettrés, sont méthodiquement formés.

«Il y a des groupes centraux dans les stations missionnaires, pour tout le district, et là ce sont surtout les missionnaires qui enseignent. Il y a aussi des groupes locaux, pour un territoire plus restreint ou pour une seule église, et là ce sont surtout les évangélistes coréens qui enseignent. Le premier groupe central ne comptait que 7 participants. Maintenant celui de Séoul compte 500 participants, celui de Taïkou, 800; ceux de Chaï-Ryung, et de Pyeng-Yang, chacun 1.000, et celui de Syen-Chun, 1.300. Tous ces groupes sont des groupes d'hommes. Il y a aussi des groupes d'études bibliques de femmes, où le nombre des membres varie entre 150 et 700. Certaines femmes ont fait, pour assister à ces études bibliques, plus de 300 kilomètres. Il y a enfin des groupes d'hommes et de femmes dans la plupart des 2.506, églises du pays. Ce sont les groupes locaux. Une seule station missionnaire accuse 292 groupes avec 13.967 assistants. Dans tout le pays, le nombre des groupes s'élève à plus de 2.000, et le nombre des assistants à plus de 100.000.

«Ces groupes sont de vrais générateurs d'électricité spirituelle, d'une électricité qui se répand dans l'église entière. C'est là que l'Église a saisi la vérité, c'est là qu'elle est devenue une église de témoins. Les grandes vérités fondamentales — l'amour de Dieu, la délivrance du péché par Jésus-Christ, le Saint-Esprit consolateur, l'espérance de la résurrection et de la vie éternelle, — se sont emparées, peut-on dire, de ces Coréens, et les ont remplis d'une joie qui a transformé leur vie et toute leur manière d'être. Et ils ne sont pas prêts à renoncer à cette joie, quelles que soient les persécutions, les humiliations ou les pertes qu'ils soient appelés à subir. De leurs réunions d'études bibliques, ils partent avec un message pour les autres, et ce message, ils le délivrent sur les grands chemins et chez eux, dans leurs vallées».