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Les colporteurs coréens

  

 

Faisons un peu connaissance avec les colporteurs coréens.

Voici le portrait qu'un missionnaire de Séoul nous fait de son colporteur Yee. «C'est un grand gaillard, qui, avant sa conversion, il y a sept ans, était la terreur, non seulement de sa femme et de ses enfants, mais encore de ses compagnons. Il ne connaissait que boisson, jeu, coups. Il entendit l'Évangile de la bouche d'un colporteur, et lui acheta des livres dont la lecture fit de lui un homme tout nouveau. Il gagna sa vie honnêtement, put bientôt acheter une maison et un champ de riz. Sa femme se convertit à son tour, et ce fut un foyer transformé. Ils s'étaient fait une règle de lire le Nouveau Testament avant chaque repas. Quand on lui proposa, en pleine prospérité, d'être colporteur, il répondit : «Si Dieu le veut, je le ferai». Je félicite la Société biblique d'avoir pu s'assurer les services d'un tel homme».

Voici le portrait d'un héros. Kim Goon Won, marchand ambulant, entendit l'Évangile, il y a sept ans, dans une auberge chrétienne, et se convertit avec six autres marchands. Ils commencèrent aussitôt à prier journellement ensemble, à observer le dimanche, et à collecter de l'argent entre eux au culte du dimanche, pour le remettre, à leur retour, à l'Église par le moyen de laquelle ils avaient entendu l'Évangile. Depuis lors, le vieux marchand, dans ses tournées, emportait toujours un stock d'Évangiles à vendre. Chez lui, il avait une petite boutique volante, où la Parole de Dieu était également offerte.

 

Peu après, comme l'agent de la Société avait besoin de colporteurs, Kim Goon Won s'offrit avec son fils. Dès le début, ses ventes furent phénoménales. Ses rapports faisaient penser à un chapitre du Livre des Actes. Il fut persécuté. Peu lettré, il ne pouvait pas même lire une bonne partie des livres qu'il vendait. Souvent on lui arracha ses livres. Il répondait toujours : «Gardez-les comme un présent de moi. Lisez-les, et croyez à leur doctrine». C'est lui qui supportait la perte sur son maigre salaire.

Après un mois de travail, il dut subir une opération. Il ne cessa de prier, comme en conversation avec Dieu. L'opération finie, on l'avertit qu'il avait un cancer, et que le mal reviendrait vite et l'emporterait. «Très bien, dit-il. Alors il faut que je reprenne vite mon travail, puisque j'ai peu de temps». Et avec sa tête encore enveloppée d'un bandage, il reprit le sac et partit. Il travailla jusqu'à ce que, miné dans ses forces, il dut déposer son fardeau. Dernièrement on conseilla à son fils de renoncer à une tournée de colportage, pour se trouver auprès de son père au cas où celui-ci viendrait à mourir. Mais le vieillard lui dit : «Non, n'arrête pas le travail pour moi. Que mon fils aille seulement, et qu'il travaille et pour lui et pour moi en répandant la Parole de Dieu».

 

4.   Les femmes aussi

 

Le colportage biblique, en Corée, se fait non seulement par les hommes, mais par les femmes, ce qui a une importance considérable au point de vue de la condition de la femme dans ce pays. Cette condition est misérable, comme dans tout l'Orient. Deux traits en donneront une idée : Dans la Corée païenne, une femme ne reçoit jamais de nom. Une jeune fille n'est qu'un numéro. C'est le numéro 1, le numéro 2, ou le numéro 3, selon l'ordre de la naissance. Lorsqu'une Coréenne se convertit, elle reçoit un nom au moment de son baptême.

Autre trait : Les femmes de la bonne société restent confinées toute la journée dans leur maison, sauf vers le soir. À ce moment, une cloche se fait entendre dans les rues, pour avertir les hommes de ne pas se montrer dehors, et deux heures durant les femmes peuvent sortir, toujours accompagnées.

Que des femmes, dans un tel pays, soient appelées à un ministère, à une fonction publique, c'est une véritable révolution, et sa portée, pour la restauration de la dignité de la femme, est incalculable. Il y a dix-neuf femmes colporteurs en Corée, et non seulement elles évangélisent leurs soeurs, mais elles amènent celles-ci, une fois converties, à évangéliser à leur tour.

 

5.  Tous à l'œuvre

 

Tous les chrétiens coréens se consacrent à l'oeuvre biblique avec une sorte de passion. «Nombre de chrétiens, écrivait un missionnaire, en 1904, achètent des Évangiles au colporteur pour les répandre. Un jour, traversant un marché, je vis un chrétien occupé à vendre des Évangiles». Un autre missionnaire écrivait : «Notre Église de Wonsan, qui compte soixante membres, a décidé d'avoir son colporteur et de l'entretenir, et c'est ce qu'ils ont fait, sans être aidés par le missionnaire, augmentant le salaire du colporteur quand ses frais ont augmenté avec les distances à parcourir. Il y a des chrétiens qui donnent plus du dixième de leur revenu pour cette oeuvre».

 

Mieux que cela, les chrétiens coréens évangélisent eux-mêmes. C'est une vraie levée en masse. Nous laissons encore la parole au Dr Moffett.

«Ils souscrivent pour des journées d'évangélisation, promettant de consacrer à l'évangélisation, l'un tant de jours, un autre tant. Il y a cinq ans que ce système est en vigueur, et c'est dans les groupes d'études bibliques dont nous avons parlé plus haut qu'il a pris naissance. Un groupe de 35 hommes souscrivit pour 900 journées, un autre pour 2.200 journées. Le mouvement n'a fait que grandir, et cette année même, une église a souscrit pour 860 journées, un groupe de 150 hommes, pour 6.428 journées, l'auditoire de l'église centrale de Pyeng-Yang, pour 22.150 journées. Du 1er janvier au 1er avril 1910, 76.066 journées ont été souscrites et ce chiffre est loin d'être complet, car la moitié des rapports manquaient quand le relevé a été fait. Le total s'élèverait donc à 150.000 au moins.

«C'est aussi dans un des groupes d'études bibliques qu'est née l'idée d'une société missionnaire coréenne. Actuellement, les Coréens envoient et entretiennent eux-mêmes des missionnaires parmi les 100.000 habitants de l'ile de Quelpart, parmi les 500.000 Coréens de la Sibérie, et parmi les Coréens de la Mandchourie. Les étudiants de Pyeng-Yang organisent une mission à eux à Chientao et en Chine. Et c'est une joie pour moi, ajoute le Dr Moffett, de pouvoir dire qu'un homme qui me jetait des pierres, à Pyeng-Yang, il y a une vingtaine d'années, est devenu le premier missionnaire coréen.

«C'est aussi dans ces groupes d'études bibliques que le récent réveil religieux de la Corée a eu son origine».

 

8. Un réveil

 

Un réveil religieux d'une puissance extraordinaire a éclaté en Corée en 1907, et dure encore. Il s'est étendu à travers le pays tout entier. On peut relever parmi les traits qui le caractérisent :

 

Un profond sentiment du péché, et la confession des péchés commis. — «En se rendant compte, dit le Dr Moffett, des conséquences terribles du péché, des souffrances que valut le péché à celui qui fut sans péché, de l'amour dont Jésus-Christ a fait preuve envers les hommes en mourant pour eux, des Coréens sans nombre sont entrés dans une véritable agonie, où quelques-uns ont pensé mourir. Quand ils ont pu croire au pardon complet, ils ont été soulagés». Le trait suivant, cité entre plusieurs autres semblables, montre que les Coréens ont compris que la grâce nous enseigne à vivre selon la justice.

Un jeune Coréen, vérificateur dans une compagnie de mines d'or, avait abusé de la confiance dont tous l'entouraient, et avait volé peu à peu une grande quantité du précieux métal. Après avoir confessé son péché devant l'Église, il alla l'avouer à ses supérieurs, sachant bien qu'il s'exposait au châtiment, à la honte et à la ruine. Il fut néanmoins conservé dans son emploi, et jouit aujourd'hui d'une confiance plus grande que jamais.

 

Le besoin de la sainteté, pour le chrétien et pour l'Église. — Un jeune homme de dix-sept ou dix-huit ans demandait le baptême. Son coeur était certainement changé, et le missionnaire était d'avis de l'admettre. Mais l'évangéliste indigène intervint et dit : «Je ne tiens pas à ce que ce jeune homme soit encore baptisé. Sa vieille mère se met quelquefois en colère et le bat, et alors il est comme fou. Je ne tiens pas à ce qu'il soit baptisé jusqu'à ce qu'il puisse recevoir les coups sans se mettre hors de lui».

 

La grande place faite à la prière. — À Pyeng-Yang, ville de 6.000 habitants, il n'était pas rare de voir un millier de personnes se réunir pendant la semaine pour une réunion de prière.

 

Le besoin d'étudier la Bible. — En 1908, soit à Pyeng-Yang, soit dans le district dont cette ville est le centre, les différentes réunions pour l'étude de la Bible ont été suivies par plus de 11.500 personnes, dont 3.500 femmes. L'édition du Nouveau Testament de poche, qui a paru la même année, a été si rapidement enlevée que les maisons d'imprimerie ne pouvaient pas suffire à la demande. À Ping-Chun, un jeune garçon aveugle a appris par coeur les quatorze premiers chapitres de l'Évangile selon saint Marc, bien résolu à ne s'arrêter que quand il aurait appris tout le Nouveau Testament.

Les élèves des classes bibliques les plus importantes en ont organisé d'autres à leur tour. L'amour et l'étude de la Bible sont à la fois une cause et un fruit du réveil.

 

Un nouvel élan dans l’oeuvre missionnaire. — Les chrétiens coréens demandent à Dieu un million de conversions. Ils se proposent de distribuer cette année parmi leurs compatriotes un million d'exemplaires de l'Évangile selon saint Marc. Au commencement de mai, 700.000 exemplaires avaient déjà été imprimés et achetés. Dans une église, à Séoul, on a acheté 15.000 exemplaires, qui seront distribués par soixante personnes. Le directeur d'un des groupes d'études bibliques de la campagne fut un jour très étonné de recevoir de la part de sa femme un envoi considérable d'Évangiles (une charge de boeuf, dit le Dr Moffett), mais il fut encore plus surpris quand, dans le groupe, on souscrivit pour 26.427 exemplaires de plus que ce qui avait été envoyé.

C'est dans les groupes d'études bibliques qu'est née la pensée de distribuer un million d'Évangiles. Et, chose remarquable, elle est née simultanément dans plusieurs de ces groupes.

 

Un nouvel élan de générosité. — En 1908, la moyenne des dons, dans les Églises de Corée, a été de 15f 60 par personne, alors que le gain de chacun est, en moyenne, de 25 francs par mois. Dans une liste de souscription pour l'érection d'un nouveau temple à Taïkou, on lit ceci : «Une femme a donné ses cheveux». C'est tout ce qu'elle avait.

Les 840 églises qui ont été bâties en Corée l'ont toutes été exclusivement aux frais des chrétiens coréens, sauf vingt, pour lesquelles un tiers de la dépense a été défrayé par de l'argent étranger. 589 bâtiments d'école ont été également construits aux frais des Coréens. Les Coréens contribuent dans une proportion de 94 % à l'entretien de leurs 1.052 évangélistes indigènes et de leur mission à l'étranger. En 1909, ils ont donné en tout plus de 675.000 francs.

 

 

 

 

 

Portrait de quatre Mandchous de Kuan-kaï qui, il y a une dizaines d'années, cherchèrent et trouvèrent une «vraie religion». L'un deux, envoyé à la découverte, trouva des missionnaires à Kirin, à 100 kilomètres de distance. Éclairé par eux, il revint éclairer ses frères, puis il franchit pendant un temps, tous les trois mois, les 100 kilomètres qui le séparaient de Kirin, pour compléter son instruction religieuse. Plus tard, les missionnaires vinrent organiser en église les convertis de Kuan-kai.

 

Une puissance extraordinaire dans le chant. — M. Ritson, décrivant un service à Pieng-Yang, parle d'un cantique qu'il y entendit chanter : «Tu t'es donné pour moi, je me donne à toi», et dit que l'esprit de sacrifice qui régnait parmi ces chrétiens «enlevait ces paroles jusqu'au ciel».

 

La puissance d'extension. — Dans l'automne de 1907, le réveil de Corée gagna les Églises de la Mandchourie, et là aussi se manifesta avec une intensité extraordinaire et revêtit les mêmes caractères. On vit un homme qui avait pris part à une razzia de brigands, et qui, arrêté, avait été mis à la torture pendant six mois, confesser, sous l'action du Saint-Esprit, des actes de brigandage que six mois d'indicibles souffrances n'avaient pu lui faire avouer.

Un missionnaire a dit de ce réveil en Mandchourie : «Sans la Bible, un mouvement comme celui-là eût été impossible. Ce sont les paroles de la Bible qui ont apporté la paix et le repos à ces coeurs troublés».

Les missionnaires et surtout les évangélistes indigènes sont très sévères (on l'a vu plus haut) pour l'admission de nouveaux membres, qui restent candidats quelquefois pendant deux ans.

 

9.Résultats globaux

 

Il y a vingt-cinq ans, la page de l'histoire des missions en Corée était une page blanche : il n'y avait rien, sauf les quelques convertis de Moukden. En 1895, il y avait 400 communiants. Aujourd'hui, il y a, dans ce pays, treize sociétés missionnaires à l'oeuvre, qui comptent 60.000 communiants, 60.000 catéchumènes et candidats, et, en tout, environ 250.000 adhérents.

Il y a vingt ans, il n'y avait pas un chrétien dans la province de Pyeng-Yang. Aujourd'hui, il y a dans cette province 300 églises, dont 9 à Pyeng-Yang même, où un cinquième de la population suit les cultes. Presque tous les habitants de la province (quatre sur cinq) ont une église à moins d'une heure de marche de chez eux. À Séoul, il y a 15 églises. Il y en a 2.500 dans la Corée entière. Dans beaucoup de villages la population est en majorité chrétienne. On compte un tiers de chrétiens dans la ville de Syen-Chun.

Il y a actuellement vingt-cinq pasteurs coréens consacrés. En 1894, deux d'entre eux, Han-Suk-Chin et Kim-Chang-Sik, furent chargés de coups, mis dans les ceps, puis menacés de décapitation immédiate, s'ils ne maudissaient pas Dieu. Ils tinrent bon. À leur grande surprise, ils furent relachés. Mais ils avaient donné leur vie. Deux cent cinquante étudiants en théologie coréens étudient dans deux facultés.

Les auditoires de mille ou quinze cents personnes ne sont pas rares. L'oeuvre de Dieu en Corée, après avoir fait l'étonnement des missionnaires eux-mêmes, qui n'en croyaient pas leurs yeux et ne se réjouissaient qu'en tremblant, fait l'étonnement et l'admiration de tous ceux qui suivent de près les progrès de la mission dans le monde. M. John Mott, le secrétaire du comité de la Fédération internationale des étudiants chrétiens, après une récente visite en Corée, s'exprimait ainsi : «La première nation qui deviendra chrétienne, si l'Église sait profiter de l'heure présente, c'est la Corée». Et le missionnaire D. Couve écrivait l'année dernière : «La mission en Corée est, de l'aveu de tous, celle qui, étant partie du meilleur pied, a donné les meilleurs résultats».

 

10. Conclusion

 

«Partie du meilleur pied». Retenons ces mots. N'est-il pas remarquable que la mission peut-être la plus féconde en résultats de l'époque moderne, soit précisément celle où la diffusion de la Parole de Dieu et l'instruction dans la Parole de Dieu ont joué et jouent encore un tel rôle ? «C'est à l'oeuvre de la Société biblique que je dois, pour les neuf dixièmes au moins, le résultat de mon travail», dit un des missionnaires qui travaillent en Corée, et tous les autres tiennent un langage semblable. «Le caractère dominant de l'oeuvre en Corée, dit le Dr Moffett, c'est qu'on a donné la première place à la Parole de Dieu, c'est qu'avant tout et par dessus tout, et peut-être plus qu'on ne l'avait encore jamais fait ailleurs, on a instruit les chrétiens dans la Parole de Dieu, en la leur présentant comme la Parole même de Dieu, comme le véhicule de la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit».

N'y a-t-il pas là une preuve éclatante du caractère divin des Écritures ?